Ateliers

Le monde change sous nos yeux. Face aux transformations du territoire et à l’érosion du littoral, des personnes de tout âge ont été invitées à partager de nouveaux récits sur leur territoire, les Îles-de-la-Madeleine, et sur l’évolution de leur milieu de vie. Une équipe d’artistes, de chercheuses et de partenaires locaux du projet Solastalgies créatrices les attendait au Musée de la Mer le jeudi 25 mai pour un échange et discussion autour d’une table ronde “Que peut l’art pour l’environnement aux Îles” et le samedi 27 mai 2023 pour de nombreux ateliers. Tout au long de la journée ont eu lieu des activités de co-création pour évoquer les souvenirs et à les projeter dans le futur par le collage ou l’écriture à partir d’un objet ou d’une image, à créer une police de caractère MADELI, à fabriquer sa propre caméra pour capter l’évolution du paysage ou à écouter les fonds marins. Les créations ont été dévoilées lors d’un 5@7 festif et de mise en commun de la journée. 

Prospective des modes de vie en 2043

26 mai 2023

Atelier animé par

Christophe Abrassart, Faculté de l’aménagement, UdeM

Célia Forget, Anthropologie, Université Laval

Joaquin Sabat, Sociologie, Cégep de la Gaspésie et des Îles

Les étudiantes du Cégep de la Gaspésie et des Îles du cours de sociologie sur les transitions en lien avec les changements climatiques (hiver 2023) se sont prêtées à un exercice de prospective via la rédaction de la Une du quotidien fictif La Loupe Marine du 26 mai 2043. À partir de cartes pigées au hasard et d’un canevas de la Une intégrant un contexte climatique, une petite nouvelle, un grand titre et un reportage en trois articles relatant une promenade sur un lieu fragile, un nouveau métier et un événement rassembleur, les étudiantes ont travaillé en équipes pour imaginer des vies possibles aux Îles-de-la-Madeleine dans 20 ans. Festival philanthropique pour financer des éoliennes, collaboration innovante entre un violoneux et un ingénieur, système d’autopartage, transport actif à vélo, culture d’insectes pour l’alimentation et ouverture d’une université sont quelques éléments constitutifs des devenirs possibles imaginés lors de cet atelier. 

Souvenirs du futur

27 mai

Atelier animé par

Célia Forget, Anthropologie, Université Laval

Ève Lamoureux, Histoire de l’art, UQAM

Katharina Niemeyer, École des médias, UQAM

Lors de cet atelier, chaque personne s’est présentée à partir d’une photo personnelle apportée ou choisie sur place. Les Madelinots et Madeliniennes ont parlé avec émotion et fierté de leur rapport intime aux paysages, des joyaux de la mer, du mode de vie traditionnel, de celles et ceux qui ont quitté et ou qui font le choix de rester en composant, année après année, avec le passage des touristes. Le bruit des phares ayant disparus, les liens communautaires et l’odeur des Îles sont autant de souvenirs à transmettre dans le futur. Dans un deuxième temps de l’atelier, le groupe a pris part à un processus créatif pour matérialiser ses « souvenirs du futur ». À leur disposition : des planches de bois récupérées pour servir de support et une variété d’objets des Îles – les photos choisies, livres, matériel de pêche, coquillages, objets usuels, etc. L’atelier s’est terminé avec le récit de création et une performance de la conteuse Hélène qui a mis en scène une histoire inventée par Robert.  

Écritures de la terre : estamper les émotions
27 mai

Atelier animé par

Francine Saillant, Anthropologie, Université Laval

Ève Lamoureux, Histoire de l’art, UQAM

 

Réuni·e·s autour de trois assemblages d’empreintes réalisées par l’artiste-chercheuse à même les parois rocheuses des Îles, emblème de l’érosion des côtes madeliniennes, les participant·e·s ont été invité·e·s à appréhender les falaises par une pratique artistique et gestuelle. Sur un petit morceau de carton, ils et elles ont écrit ce que les empreintes présentées leur évoquaient. Vulnérabilité, fragilité, recul, imagination, accueil, espoir, évolution, force de la mer, changements constants, érosion cyclique sont autant de mots et d’expressions qui ont été partagés. Puis, les participant·e·s ont choisi une roche, un fragment de falaise, parmi quelques spécimens mis à leur disposition. Enduire la roche d’argile, l’envelopper avec du papier archéologique, la serrer entre ses mains, retirer le papier puis le déposer sur le carton où figure le mot. Superposition du mot et de l’empreinte. Évocation poétique des falaises via un geste de protection. 

Lettre ensemble : un atelier de typographie collective pour explorer l’identité insulaire

27 mai

Atelier animé par

Amandine Alessandra, École de design, UQAM

Louise Paradis, École de design, Université Laval

À partir d’objets (trouvés) propres au quotidien des Îles réunis par les chercheuses – matériaux liés à la pêche, items prêtés par les habitant·e·s, matériaux trouvés sur la plage ou à la ressourcerie des Îles – le groupe a cherché, imaginé et formé les lettres de l’alphabet.

Deux pinces de crabe alignées à la verticale forment un F, un appât longiligne coiffé d’un élastique bleu – ceux utilisés pour maintenir fermées les pinces des homards – forme un I, deux ossements forment un V, du bois de grève un Y. Numérisées et vectorisées, les lettres constituent une police de caractère par et pour les Madelinots et Madeliniennes.

Des expressions vernaculaires comme « palabres », « cul pointu » et « vent d’boutte », partagées par les participant·e·s lors de l’atelier, peuvent désormais s’écrire en Madeli et la police est accessible à toutes et tous gratuitement.  

Ondes d’érosion : écouter les fonds marins
27 mai

Ateliers animé par

Alexandrine Boudreault-Fournier, Anthropologie, Université de Victoria (CB)

Catherine Duchesneau, Sociologie, UQAM

Magali Uhl, Sociologie, UQAM

 

Durant cet atelier qui s’est déroulé dans la salle de projection du Musée de la mer, les participant·e·s ont été initié·e·s à une nouvelle forme d’écoute. D’abord en répondant à la question « Quel est le son des Îles? » –  vagues, mer, maisons qui craquent, frottement du sable, corbeaux – le groupe écouté un court montage sonore des eaux environnant la marina de la Grave. Ils et elles y ont entendu les gargouillis du vent, le ressac comme un coup de tonnerre, les sursauts de la mer, les traumas. Une dernière question leur a été posée : Quel est le son futur des Îles? Diverses réponses ont été proposées : le son des éoliennes, des motos marines, des dauphins, des ultrasons, mais aussi l’absence de certains sons comme celui des glaces. Cet atelier se voulait un exercice de décentrement permettant d’étendre la notion d’écoute. L’écoute sous-marine permet d’entrer en relation avec un nouvel espace et les êtres qui l’habitent et de mieux comprendre les interrelations entre les mondes terrestre et sous-marin.  

Archiver le territoire avec des images de solargraphie
27 mai

Atelier animé par

Corine Dufresne-Deslières, artiste, maitrise à l’École des médias, UQAM

Carole Lévesque, École de Design, UQAM

Lieu: Musée de la Mer

 

Cet atelier de fabrication de caméras sténopées de solargraphie à partir de canettes recyclées (gracieuseté de Silvio) a été l’occasion d’un apprentissage technique convivial et d’un partage d’idées sur les lieux où installer les caméras et ainsi capter les passages du soleil. L’Échouerie, la Dune-du-Sud et l’Anse-à-la-Cabane font partie des endroits évoqués par les personnes participantes. Corine, après avoir expliqué le procédé de caméra obscura puis les étapes de fabrication d’une caméra, a accompagné les participant·e·s dans la réalisation de leur propre caméra low tech. « Voir autrement ce que je vois tous les jours chez nous », c’est le désir exprimé par François. Le temps long, la simplicité de l’objet et la possibilité d’archiver un lieu touché par l’érosion toujours depuis le même point de vue sont autant de raisons qui ont motivé la participation à cet atelier. 

ACTIVITÉS CONJOINTES ET PRÉPARATOIRES

L’équipe s’appuie aussi sur les projets réalisés durant une série d’activités connexes pour ouvrir un espace de réflexion, de concertation et de projection sur ce qui peut être fait ou imaginé pour co-construire un présent et avenir désirable. Ces activités de plus longue durée sont rendues possibles grâce au travail et soutien de notre partenaire le Comité ZIP des Îles qui nous a fait visiter et découvrir les zones sensibles de l’archipel durant notre séjour.

Territoires fragiles

L’équipe de recherche a suivi un itinéraire proposé par le Comité ZIP à la découverte des lieux les plus affectés par les bouleversements climatiques : dunes de sable, milieux humides, zones côtières. Des récits des transformations et des devenirs probables ou souhaitables des lieux ainsi que des photographies, sons et vidéos ont été captés tout au long de ce parcours afin de nourrir la réflexion critique et le contenu de l’atlas qui est en création avec la communauté locale entre 2023 et 2024.

Visite de l’archipel avec le Comité ZIP, 24 mai 2023

Projet éclair : Inventaire d'un paysage disparaissant​

Suite à un parcours de divers sites soumis à une transformation environnementale, Carole Lévesque a réalisé un inventaire de sols choisis (photographies du sol, des végétaux, complété par des relevés et esquisses, ainsi qu’un enregistrement des informations données). Un dispositif photographique a été mis en place pour capturer une image panoramique de ce site disparaissant.
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